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La nature et le territoire selon les ingénieurs et les juristes au XIXe siècle

Responsable : Alice Ingold


L’étude de figures d’ingénieurs et de juristes au XIXe siècle sera l’occasion d’analyser comment ils délimitent leurs domaines de compétence, comment ils disjoignent leurs savoirs, les distingue, ou cherchent parfois à en réaliser une synthèse. On s’attachera aux écrits d’ingénieurs et de juristes, qui ont été des acteurs essentiels de ces transformations, tant sur le plan théorique que pratique : Claude-Henri de Saint-Simon, Carlo Cattaneo, Frédéric Le Play, Benjamin Nadault de Buffon. On examinera comment ces auteurs envisagent les phénomènes qu’ils entendent à la fois décrire et transformer, comment ils les conçoivent comme des agencements locaux ou des systèmes complexes, comment ils analysent leurs dimensions conjointes naturelle et humaine, comment ils considèrent les temporalités de leur évolution.

- Une enquête sur les « voyages hydrauliques » a permis d’identifier un premier corpus de textes d’agronomes, ingénieurs, administrateurs et juristes, qui posent la question de modèles d’agriculture intensive irriguée (Italie et Espagne) et des formes possibles de sa circulation vers les colonies (Indes et Irlande britanniques, Algérie française, etc.). Cette enquête sera l’occasion d’un dialogue avec des recherches en cours sur les terrains coloniaux, comme laboratoires de politiques du territoire et du gouvernement de la nature.

- Histoire comparative des différentes formes de gouvernement du territoire entre XVIIIe et XXe siècle, et des savoirs dont elles se soutiennent. Cette période voit s’affirmer un regard nouveau porté par les États sur leur territoire. Le territoire devient un espace d’expérimentations et d’interventions pour une nébuleuse réformatrice, qui ne coïncide pas avec le seul monde des ingénieurs ou des architectes, mais embrasse une grande diversité d’acteurs. L’historiographie a bien renseigné ce processus, en portant une grande attention aux acteurs de l’État ingénieur qui construit, mesure et réforme son territoire et délimite ainsi le théâtre de ses compétences. Il s’agit d’ouvrir l’enquête sur la grande diversité des acteurs engagés dans le gouvernement du territoire : des figures techniques les plus connues, ingénieurs et architectes, aux acteurs techniques secondaires, topographes, cartographes, agronomes, en passant par les géographes, les acteurs savants et académiques, jusqu’aux acteurs oubliés qu’ont été juristes et magistrats. De quels savoirs se sont soutenus les différents modèles d’aménagement du territoire, savoirs locaux, savoirs techniques, savoirs juridiques, savoirs administratifs, savoirs savants ? Sur quelles scènes se sont déployés les conflits pour le gouvernement du territoire, conduisant notamment à un partage des compétences entre administration et justice ? On entend ainsi examiner les formes de coordination entre savoirs et action sur le territoire et la nature.

Ces enquêtes se sont appuyées sur un programme de recherche « Les savoirs du territoire entre Etat et sociétés locales (XVIIIe-XIXe siècle) », avec le soutien de l’École française de Rome (2008-2011) et du CRH. Les résultats ont fait l’objet d’un volume collectif : Faire la preuve de la propriété. Droits et savoirs en Méditerranée (Antiquité-Temps modernes), (ed. avec J. Dubouloz), Rome, Ecole française de Rome, 2012, 342 p.

Alice Ingold a publié deux autres contributions : « Penser à l'épreuve des conflits. Georges Sorel ingénieur hydraulique à Perpignan », Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle, 2014/1- n° 32, p. 11-52 et « Expertise naturaliste, droit et histoire. Les savoirs du partage des eaux dans la France post-révolutionnaire », Revue d'histoire du XIXe siècle, n° 48 - 2014 (1), p. 29-45.

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Dernière modification :
09/10/2019