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Administrer les « ressources naturelles », XIXe-XXe siècles. Histoire et environnement

Séminaire d’Alice Ingold

Au cours des premières séances, Alice Ingold a mené une réflexion sur la place de l’environnement dans la discipline historique et sur l’agenda que se propose « l’histoire de l’environnement », par contraste avec des propositions historiographiques antérieures (désignées par les tenants de ce champ comme des « pré-histoire » de l’environnement) et notamment en France l’éco-histoire ou les propositions d’historiens proches des Annales, qui ont été perçus, souvent à tort, comme des précurseurs du champ. Elle s’est intéressée aux problèmes de montée en généralité et aux questions d’échelle d’analyse que soulèvent les études environnementales, tout particulièrement les échelles impensées et parmi elles l’échelle nationale. En contrepoint, elle a souligné comment l’émergence d’une histoire de l’environnement s’est faite en Italie en contraste avec d’autres questionnaires et s’est développée notamment autour d’une histoire de l’agriculture et des études sur le Mezzogiorno. Angelo Torre (Université du Piémont) a apporté une contribution en interrogeant l’articulation entre les notions d’appartenance, de localité et de ressources pour le Piémont au XVIIIe siècle.
 

Cette réflexion sur les échelles s’est poursuivie avec une série de huit séminaires, qui a permis à Alice Ingold  d’ouvrir une large réflexion sur la notion de « gouvernement des ressources » et sur les emplois historiques et historiographiques de la notion de « bon gouvernement », en prenant pour objet spécifique les ressources en eau. Son intention a été d’identifier la construction de deux modèles historiographiques, qui confinent parfois aux mythes dans l’étude des infra-structures hydrauliques, et opposent d’un côté des politiques menées par des pouvoirs politiques centralisés et de l’autre une gestion organique des ressources par les communautés et fondée sur la coopération. Le point de départ a été l’ouvrage de Wittfogel (Oriental despotism. A comparative study of total power, 1957) et les relectures dont il est aujourd’hui l’objet, notamment dans le champ des études environnementales. La notion de « sociétés hydrauliques », qu’on oppose souvent à celle des « États hydrauliques » développée par Wittfogel, demande aussi à être historicisée et c’est ce qu’ils ont esquissé à partir du cas italien. Au milieu du XIXe siècle, une portion des plaines agricoles du Piémont et de la Lombardie est prise pour modèle de développement agricole harmonieux entre une population et son territoire, grâce à  la maîtrise de l’eau.
Voyageurs, agronomes, ingénieurs constituent cette agriculture irriguée en modèle, au travers de la pratique bien connue des voyages agronomiques qui connaissent alors une déclinaison qu’on pourrait appeler « voyages hydrauliques ». Alice Ingold  a ainsi identifié un corpus, composé de récits de voyages, de rapports de missions d’étude qui  posent la question du modèle italien de l’agriculture irriguée, de ses fondements (techniques, économiques et institutionnels) et des formes possibles de sa circulation. De l’ouvrage de Nadault de Buffon (1843), des lettres de Cattaneo en réponse au gouvernement britannique en vue d’exporter en Irlande les « institutions » de l’irrigation (1847), aux ouvrages d’ingénieurs britanniques chargés de l’administration des canaux aux Indes entre 1855 et 1884, les techniques, les pratiques et les institutions de « l’arrosage » sont décrites et analysées en vue d’être exportées, transposées vers d’autres régions européennes ou extra-européennes.
 

Alice Ingold a travaillé ce modèle italien à partir de sa dimension juridique : les codifications nationales sont l’occasion en Europe de désigner un vide juridique en matière de régime des eaux. Vide juridique qui, à son sens, correspond plutôt aux débats sur les conditions légitimes d’appropriation des eaux, au moment où se manifestent des contradictions entre les principes issus de la Révolution (notamment les formes de la propriété devenue absolue e subjective) et un régime des eaux hérité du droit commun.
L’originalité du dossier des eaux est de se présenter comme un secteur dans lequel dans lequel les « usages locaux » n’ont pas la connotation négative qu’ils peuvent avoir en matière de pratiques agricoles,  mais apparaissent comme des éléments précurseurs de nouvelles formes de régulation entre intérêt individuel et intérêt collectif. Dans les années 1830-1840, la codification permet au Piémont de formaliser ce régime spécifique des eaux. Elle s’est arrêtée sur les étapes par lesquelles celui-ci va circuler et être pris en modèle en Europe, au travers de la figure de Giacomo Giovanetti : juriste de Novare, il est l’auteur des articles sur les eaux dans le code piémontais. À partir de 1843, il est appelé comme expert dans plusieurs pays européens, notamment la Russie, la France et le Portugal. Giovanetti envisage d’écrire un traité du « Gouvernement général des eaux » rassemblant ses expertises multiples dont l’Europe a été  la caisse de résonance.
L’analyse du rôle joué par les juristes dans la formalisation et la stabilisation d’un droit des eaux, dans le cadre de politiques nationales, invite en retour à reconsidérer le caractère naturalisé de la notion de « société hydraulique » dont on identifie les premières expressions à la même période.

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Dernière modification :
13/11/2018